L'alimentation rationnelle
conditionne le succès de l'élevage

Les temps où nos éleveurs de volailles méprisaient les théories un peu nouvelles sur l'alimentation sont maintenant révolus, et sans vouloir tout régir, avec une balance ou une éprouvette à la main, nous sommes obligés de reconnaître que les enseignements que la science nous apporte ont fait grandement prospérer l'aviculture dans notre pays. Révolu aussi le temps, où on nourrissait la basse-cour d'une poignée de graines, l'obligeant à trouver le complément dans ses parcours, ou sur les tas de fumier.

L'étude de l'alimentation est indispensable ; elle doit être entreprise par tous les éleveurs de grandes ou de petites exploitations. Presque tout le monde sait élever quelques poules, pigeons ou lapins, mais peu de personnes, comparativement au grand nombre d'éleveurs de volailles, savent utiliser rationnellement les produits mis à leur disposition.

On sait que la vie, au point de vue physique, est un processus qui comprend un changement de substances et une consommation de matières. Le problème de la vie est celui de la biologie de la cellule. Toutes les cellules dont le corps est formé s'usent et se remplacent continuellement ; elles sont composées de corps simples chimiques : carbone, hydrogène, oxygène, azote, sodium, calcium, potassium, magnésium, phosphore, soufre, fer, iode ... existant sous forme de composés divers : albumine, globuline, lécithine, lipides, sels minéraux, eau ... auxquels viennent s'ajouter des réserves : glycogène, graisse ... des corps de travail cellulaire hémoglobine ... des déchets : urées, bases puriques, acide lactique ...

Tout travail, même la production de la chaleur, sans laquelle l'organisme ne peut vivre, produit une intoxication et une usure plus ou moins grande des cellules. La nourriture est destinée au remplacement de ces cellules, à régénérer l'organisme et à fournir l'énergie au travail ainsi que la chaleur.

L'organisme construit, par synthèse, des matières organiques complexes constituant des tissus et des organes. Les échanges moléculaires ont pour effet de maintenir chaque particule protoplasmique élémentaire toujours pareille à elle-même, malgré l'incessante substitution des molécules les unes aux autres. La matière devient partie intégrante de la particule protoplasmique, remplaçant d'autres matières usées ou transformées, rejetées dans le milieu extérieur. Ce double mouvement d'introduction et d'expulsion, d'assimilation et de désassimilation, de création et de destruction constitue la nutrition.

La nourriture doit donc compter un maximum et un minimum de substances nutritives. Ces substances doivent répondre aux différents besoins de l'organisme. Les matériaux plastiques intervenant pour la réparation de l'usure chez l'adulte, pour cette réparation et pour la croissance chez le jeune, sont composés surtout d'azote, de carbone, d'oxygène, d'hydrogène et d'agents catalytiques ; les substances énergétiques servant à la production du travail physiologique sont composées d'hydrogène, d'oxygène et d'agents d'épargne. A leur introduction dans l'organisme, ces substances doivent se présenter sous une forme convenable.

Des matériaux nutritifs, assemblés de façon chimiquement parfaite, ne peuvent devenir une ration d'entretien et d'usure que s'ils sont administrés dans des conditions adéquates de volume et de lest. Une alimentation trop concentrée provoque des accidents du métabolisme aboutissant généralement à la mort. Indépendamment des substances précitées, l'organisme a un besoin indispensable, mais à doses souvent infimes, d'agents agissant à la façon de catalyseur : acides aminés, vitamines, oligo-éléments.

Les vitamines sont des substances organiques se trouvant en faible quantité dans les aliments. Elles sont introduites dans le corps, soit à leur état définitif comme vitamines, soit sous une forme encore imparfaite comme provitamines. Elles ont des propriétés biocatalytiques pareilles aux hormones. Elles sont nécessaires au bon fonctionnement des cellules. Les principales sont les vitamines A, B, C, D, E, K. Le manque de vitamines produit des affections dénommées avitaminoses, tandis qu'un excès en produit une autre appelée hypervitaminose, cette dernière étant plutôt rare en aviculture.

L'excès d'autres subtances alimentaires provoque également des troubles de la nutrition, tout comme la déficience et la mauvaise utilisation par des organes inaptes à l'assimilation de certaines de ces subtances. Un manque de lest, d'eau, de substances organiques minérales, sont souvent la cause d'une mauvaise assimilation d'une partie de la ration pourtant parfaitement combinée.

L'air, le soleil, l'eau, les matières protéiques, les hydrates de carbone, les substances minérales sont des facteurs indispensables à l'équilibre vital et au rendement. Hormis les deux premières, toutes ces matières doivent être administrées par voie buccale.

L'infection, l'infestation parasitaire, l'intoxication modifient profondément la nutrition. A l'état sauvage, les substances maximales et minimales étaient facilement assurées par les aliments frais que l'animal trouvait dans la nature. A l'époque plus rapprochée, domestiqué par l'homme, l'éleveur le nourrissait de produits qu'il possédait : grains, son, farine grossière et verdure.

Mais, actuellement pour produire, on lui donne des aliments concentrés, ayant subi des manipulations détruisant la majeure partie de certaines qualités nutritives, des fourrages forcés par des engrais chimiques, et de plus, les animaux vivent souvent dans des conditions rappelant celles des laboratoires. Ce n'est donc pas étonnant si des troubles de la nutrition font leur apparition et causent des dégâts. Le contraire serait pour le moins surprenant.

Le climat, les variations d'altitude, de pression atmosphérique, de température, interviennent également dans la nutrition, surtout chez les jeunes, en raison du travail organique complexe de croissance.

Qu'arrive-t-il maintenant si la proportion des substances nutritives n'est pas exacte ? Si elles sont en supplément, et pour autant qu'elles ne soient pas nocives comme le sel, le manganèse ... elles peuvent être évacuées sans emploi, mais c'est du gaspillage ; parfois, elles provoquent un engraissement exagéré et là, le gaspillage est double, inutilisation de la marchandise et diminution du rendement. Il peut en outre, se produire que les organes embarrassés de graisse ne peuvent plus fonctionner normalement, l'état sanitaire du sujet s'en ressent, et c'est assez souvent la mort !

Si, par contre, ces substances manquent, la chose est également grave, car l'animal ne pouvant saboter sa production prendra ces substances manquantes au détriment de son organisme. Les substances qui sont nécessaires à un animal de basse-cour ne se trouvent pas toutes dans les céréales, c'est pourquoi un aliment composé est absolument nécessaire.

Le fait de forcer la distribution de graines ne compense absolument pas la déficience de la ration ; au contraire, cela ne fait souvent qu'augmenter la disproportion et le gaspillage. Il est nécessaire, également, de proportionner les protéines animales et végétales qui, indépendamment de l'équilibre alimentaire, ne produisent pas les mêmes effets.

Il est possible que la constitution physiologique des sujets produisent des différences d'assimilation de certains produits, du calcium en particulier : l'éleveur remarque que les oeufs sont pourvus d'une coquille trop mince ; immédiatement, il croit devoir ajouter du calcium, et ceci pour tous les sujets ; c'est une faute.

Un oeuf est composé pour le blanc : eau 87%, protéines 12%, matières diverses 1 % ; pour le jaune : eau 49%, protéines 17%, matières grasses 32%, divers 3% ; pour la coquille : carbonate de calcium 97%, divers et eau 3% . Le blanc est en moyenne pour 58%, le jaune pour 32% , et la coquille pour 10% du poids de l'oeuf. L'oeuf contient également divers éléments minéraux, et des vitamines.

Cette composition d'apparence constante, quant aux proportions énumérées ci-dessus, peut varier du tout au tout, quant à sa teneur vitaminique. Il s'ensuit que pour la reproduction, les besoins de la mère, s'ils sont égaux en matières nutritives et minérales, diffèrent quant aux exigences en vitamines. Un oeuf fécondé, normal, peut ne pas éclore, son embryon étant mort d'avitaminose en cours d'incubation, si la ration alimentaire de la mère ne contient pas suffisamment de vitamines.

L'aviculture est la science de l'élevage des animaux de basse-cour, mais son succès ne peut être assuré sans une alimentation saine, rationnelle et dosée : ceci est également une science.